Annick Picchio : la chambre de la mariée
A l'Atelier Favier à Saint-Etienne
Annick Picchio vous invite dans la « Chambre de la mariée »
Passionnée par les questions qui tournent autour du couple, de l’engagement que représente le mariage, par cet acte rituel qui séduit de nombreux jeunes, qu’elle a cherché à rencontrer, Annick Picchio a entrepris un vaste projet, en plusieurs épisodes. Le tout dernier va se dérouler à l’atelier Favier. A quelques jours du début de son installation, elle nous en a parlé… Ce texte provient du blog d’Alain Le Tirilly ©
Stéphanoise de cœur, sinon de souche, Annick Picchio a préparé l’exposition qu’elle a intitulée la « Chambre de la mariée… » pendant de longues semaines. Elle en a déjà présenté une première version, à Strasbourg. Mais son travail n’existe que dans l’éphémère.
Ses matériaux de prédilection ? Le papier, le carton, le fil, pour ceux qui ne sont mis en œuvre qu’une fois, et des fragments de dentelles, souvent très anciennes, qui elles, sont précieusement conservées.
« Cette chambre de la mariée est pour moi un espace qui doit matérialiser à la fois le bonheur et le faste que l’on trouve lorsque l’on prépare un mariage, avec l’idée de la blancheur virginale, et aussi l’idée d’enfermement, de liens, que représente aussi l’institution de cette union passée devant le maire ».
C’est au fil des ses conversations avec des couples, jeunes ou moins jeunes, que la plasticienne s’est convaincue de cette ambivalence qui caractérise le mariage. « Il y a la fois de l’intime et du public, du bonheur et de l’angoisse, de l’ouverture à l’autre et de l’enfermement dans un nouveau cocon familial » explique-t-elle.
Des liens et du blancCe texte provient du blog d’Alain Le Tirilly ©
Si elle admet une petite dose d’autobiographie dans son travail, et en particulier dans cette installation qui va être présentée à l’atelier Favier, Annick Picchio dit vouloir aussi exprimer ce que l’expérience recueillie « dans la vie » sur le « lien amoureux » lui a permis de saisir.
« C’est pour moi une véritable interrogation que l’institution du mariage séduise autant, encore aujourd’hui » admet-elle.
Sa « Chambre de la mariée » est donc un espace où le public est invité à évoluer, pour y éprouver les différentes sensations que la créatrice a tenté de susciter.
Eléments essentiels de l’installation : les fils, qui relient les pièces de papier cousu, de carton aussi, de tissus accumulés, illustrent et matérialisent les « liens sacrés du mariage » dans laquelle la mariée s’apprête à se donner.
Autre élément central, la blancheur immaculée des différents matériaux mis en œuvre. Là encore, c’est pour illustrer le signe de la virginité, indice tenace encore aujourd’hui lié au mariage…
Expérience sensitive
Reconstruite en fonction du lieu, l’exposition sera donc ici différente de la première version, créée à Strasbourg, comme des installations qui suivront. Pourtant, quel que soit le lieu, Annick Picchio veut proposer au public une « expérience sensitive », en le propulsant dans un espace qui est à la fois une « grotte, une matrice, un refuge, de la spère du privé » et susciter chez lui la sensation d’une « étrangeté », d’un « enfermement », presque d’un « étouffement », tels que ce qu’elle a pu percevoir dans le discours des personnes qui ont bien voulu lui parler de leur vie de mariés au quotidien.
« Cette ambivalence m’intéresse beaucoup » admet-elle, avec dans le regard le signe d’une recherche qui se poursuit, de questions qui n’ont pas encore trouvé réponse…
Pour compléter l’expérience sensorielle, Annick Picchio a fait appel à deux musiciens très proches d’elle, Fisto et Obstynato, qui lui ont bâti une bande son inventive. Sa seule « commande » : qu’elle évoque le « lien amoureux ». On y entend des chuchotements de femmes dont la voix enregistrée fait l'objet d'un travail sonore précis. Une songerie poétique, une évocation du chant des sirènes… A tester par vous-mêmes !
La place de la femme…
Cette mariée, dans la chambre de laquelle on évolue n’est jamais là. Si ce n’est par les objets qui matérialisent son univers. Le mari lui, est encore plus absent, dans cet univers essentiellement féminin.
Annick Picchio a voulu agrémenter cette exposition d’une autre série baptisée « Talismans ». Là aussi, c’est à partir de son expérience de la vie, de ce qu’elle a pu observer chez ses contemporains, proches ou moins proches…, que lui est venue cette idée.
« Nous avons tous des routines, des petits objets chargés de nos histoires, des petites choses qui nous accompagnent, auxquelles nous donnons un sens proche du sacré, qui nous rassurent sur le lien amoureux, qui nous aident à vivre… » Ce sont ces « talismans », réalisés à partir d’objets souvent insignifiants (des bouts de bois ramassés en forêt, des fils récupérés… ) qu’elles a fabriquées pour compléter la « chambre ». Des occupations qui peuvent aller jusqu’à l’oubli de soi, où l’on peut s’abîmer…
… et de la supersition
« J’avoue que je suis très surprise de voir aujourd’hui, alors que la société hich-tech met à notre disposition des moyens de communication hallucinants, que les rituels du style « porte-bonheur » séduisent autant ». Annick Picchio cite par exemple la tendance grandissante à se tourner vers des médecines parallèles…
Dans son exposition, la mariée se fabrique quantité de « talismans », minuscules témoins de son désir de protéger son avenir, de se préserver d’un éphémère qu’elle sent fragile.
Belle note d’espoir : «Pour moi, l’éphémère c’est tout sauf grave ! » s’exclame l’artiste. « L’essentiel est d’être dans le présent ! » Une invitation, donc, à entrer dans le monde de cette mariée, finalement pas si absente que ça !
Alain Le Tirilly
NOTE : Annick Picchio participera à la prochaine Biennale des arts contemporains de Bourges, avec un tout autre projet, mettant en œuvre de grandes sculptures de papier blanc, dans un esprit proche des « Grandes demoiselles » présentées ce printemps au musée de la Mine, à Saint-Etienne.
LEGENDES
Annick Picchio : « Je souhaite poursuivre l'idée de la « Chambre de la mariée », par une théâtralisation de l'espace, mener plus loin l'invention de ce personnage ».
L'espace clos est totalement envahi par la présence du papier (mur plafond)
Certains papiers sont cousus entre eux, afin d’évoquer la couture, la suture, de la réparation, de l'attente, le lien.
L’exposition veut proposer une expérience sensorielle, entre l’intime et le public, avec une ambiance sonore soignée, destinée à renforcer les sensations.
# Pratique
Du 9 au 19 septembre
De 10 à 12h et de 14h30 à 19h
Sur rendez-vous au 04 77 25 59 15
# Site
Atelier Favier
29, rue Pascal Tavernier
Saint-Etienne
04 77 48 76 43
#coulisses
« Propos d’artiste »
Voici comment Annick Picchio résume elle-même les bases de son travail sur cette exposition.
« Dans cet espace, je souhaite que le public se sente à l'abri ; que cette grotte/matrice soit propice au calme serein. Une poche secrète à l'intérieur de laquelle l'on se glisse pour quelques instants de quiétude.
Cependant il se peut aussi que l’on se sente à l'étroit dans ce lieu, comme l'on peut parfois se sentir étouffé à l'intérieur d'une relation d'amour.
L'accumulation du papier met en scène le paradoxe de la présence/absence de la mariée imaginaire. Au même titre que l'on peut se sentir disparaître , se sentir hors de soi, ou absent à soi-même, lorsque l'on est totalement immergé dans l'amour.
Certains papiers sont cousus entre eux, évoquant la couture, de la suture, de la réparation, de l'attente, du lien. Le blanc et le raffinement de ses nuances sont le fil conducteur de cette fiction; (évocation de pureté virginale qui clôt encore nombre de destins féminins de par le monde).»